lundi, 25 octobre 2010

Marché carbone (part. 17) : un levier pour le développement

17. Indian village - Manta Sidhu.jpgPrécédemment, je posais la question de savoir dans quelle mesure les quotas carbone permettaient de réduire réellement les émissions mondiales. Qu'en est-il de la contribution du marché au développement des pays émergents ?

Il faut distinguer deux types d’outils : les quotas, qui peuvent s’échanger comme des actifs boursiers, et les crédits obtenus grâce à la mise en œuvre de projets à caractère environnemental permettant de réduire les émissions.

Les quotas n’ont pas d’effet direct sur le développement des pays émergents. Ce rôle incombe essentiellement aux systèmes de crédits, que ce soit via les mécanismes réglementaires du protocole de Kyoto ou les compensations volontaires.

Les industriels qui cherchent à obtenir des crédits dans le cadre de projets s’intégrant aux mécanismes de développement propre (les "MDP" définis par le protocole de Kyoto) y trouvent souvent un intérêt financier : il peut ainsi être plus avantageux de compenser (les projets délocalisés bénéficient d’une main-d’œuvre beaucoup moins chère) que d’investir pour améliorer l’efficacité de leurs process.


Au final, les entreprises qui compensent leurs émissions via le marché volontaire le font soit par engagement, dans le prolongement d’actions déjà menées en parallèle pour réduire leur impact environnemental, soit dans le cadre d’une démarche de mise en avant de leurs bonnes pratiques ou efforts en matière environnementale - ce qui va très certainement dans le bon sens pour peu qu'on ne sombre pas dans le greenwashing...

Le marché volontaire vend des crédits aux émetteurs de GES (qui peuvent aussi être des particuliers) par le biais d’intermédiaires devant normalement contrôler l'impact réel des actions menées sur les populations locales et l’environnement. Si nous avançons sur un standard international ou travaillons sur les critères à prendre en compte, les principaux acteurs du secteur (du moins en France) sélectionnent néanmoins les projets de plus en plus minutieusement. Une majorité de projets de compensation touche à l’implantation d’énergies renouvelables (biogaz, panneaux solaires, éolien, petit hydraulique…). Une minorité utilise d'autres outils (reboisement, déforestation évitée, protection d’écosystèmes).

Dans ce cadre, si la compensation est effectuée de manière intelligente avec un suivi sérieux des projets en s’appuyant sur des acteurs locaux (ex. ONG), les retombées pour les populations et l’environnement peuvent être réelles : création d’emplois, réduction des déchets et des pollutions, protection de la biodiversité... La compensation devient alors un véritable atout. Il faut s’assurer qu’elle soit bien menée et à bon escient, pour prolonger des actions déjà lancées au sein des entreprises et non les remplacer. Il est vrai qu’il reste encore du travail sur ce terrain.

A l’heure actuelle, la plupart des projets sont menés en Chine et en Inde. Le continent Africain, offre pourtant un potentiel énorme et est encore quasiment délaissé. Seuls quelques dizaines de projets ont été mis en oeuvre et ils se concentrent essentiellement en Afrique du Sud, Egypte et Tunisie. Pourtant, je reste persuadé que des actions menées sérieusement, en concertation avec les populations locales, peuvent contribuer à financer et pérenniser des projets d’investissement protégeant mieux l’environnement et les ressources bénéfiques aux populations. C'est pour cette raison qu'avec Alternative Carbon, nous avons choisi de porter une attention particulière à ce continent.

Poursuivre vers l'épisode 18: une reconnaissance mutuelle des différents systèmes

---------------------
++ Pour en savoir plus
"UNDP’s CDM Capacity Development in Africa", site de l’UNEP
Crédit image : © Manta Sidhu

Les commentaires sont fermés.